Lors d’un dîner à Poitiers, la question m’a de nouveau été posée : « êtes-vous favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ? » Mon interlocuteur plaidait pour une Europe ouverte. Je peux le comprendre : l’Union s’est construite sur l’abolition des frontières. Être européen, c’est croire à la possibilité de surmonter les rivalités et les préjugés. La réconciliation franco-allemande en atteste, comme le succès de l’intégration de l’Espagne ou du Portugal. Toutefois, l’Union ne peut pas s’élargir à l’infini. Ses institutions sont vulnérables, ses moyens ne sont pas inépuisables. L’absence de limites complique la naissance d’une politique étrangère européenne et trouble les citoyens.
Je crois fermement que l’Europe a des responsabilités sociales. Comme je l’ai déjà rappelé dans une chronique précédente*, la Communauté Économique Européenne a été créée, en 1957, pour assurer le bien-être des Européens et le plein emploi. Mais la manière dont le slogan « Europe sociale » a été martelé ces dernières années, au mépris des compétences respectives des États et de l’UE et sans toujours mener les combats là où ils doivent être menés, cette manière de faire des promesses creuses, je la récuse. Je la récuse en pensant notamment à ces femmes qui, dans une usine, sur le port de Lorient, travaillent le poisson dans le froid, l’humidité et les mauvaises odeurs. Du matin au soir, elles coupent des poissons, elles éviscèrent, elles lèvent des filets. Pour nous consommateurs, c’est pratique. Pour elles, c’est dur.
Si je suis élue, c’est en pensant à elles que je me battrai pour une Europe plus sociale. Mais mon premier devoir c’est d’abord d’être honnête avec elles.
En 2004, c’est le général Morillon qui menait la liste de notre famille politique aux élections européennes dans l’Ouest. On ne présente pas le général Morillon. Cet ancien « soldat de la paix », commandant en chef des forces de l’ONU en Bosnie au début des années 90, est resté célèbre pour avoir forcé l’entrée de Srebrenica à la tête d’un convoi humanitaire.
En revanche, peu de gens savent qu’il a été un député européen particulièrement assidu, respecté de nos partenaires, un élu qui a porté haut les couleurs de la région Ouest au Parlement européen.
Sylvie Goulard, tête de liste pour la circonscription de l’Ouest, intervient dans le cadre de la Convention nationale sur l’Europe qui avait lieu le samedi 23 mai à l’hôtel Marriott à Paris.
Il y a 60 ans, la Loi fondamentale, c’est à dire la Constitution de la République fédérale d’Allemagne était proclamée. Les anniversaires étant plus joyeusement célébrés en Allemagne que nulle part ailleurs, il était normal de rendre hommage aujourd’hui à un Etat dont la contribution à l’Europe unie a été décisive. Quand le journal Libération m’a invitée à m’exprimer sur ce pays, en mars dernier à Rennes, j’ai pu mesurer l’attachement des Bretons à la langue allemande, aux jumelages et échanges qui font vivre la relation franco-allemande.
A Nantes, un proche du MoDem, partisan du non en 2005, m’a interrogée sur ma position. J’ai pensé qu’elle pouvait intéresser d’autres personnes, d’où cette chronique. En 2005, j’ai voté oui. J’ai voté oui sans états d’âme, en raison des améliorations que ce texte contenait. Non que ce traité ait été un chef d’œuvre. Mais il était bon à prendre, en raison par exemple des pouvoirs accrus du Parlement, de la reconnaissance des services publics, du droit de pétition ouvert aux citoyens, d’une réelle simplification. Et puis à cause de cette idée, forte, à laquelle je crois toujours : l’Europe, continent réunifié, doit se doter d’un texte fondamental, solennel qui marque notre volonté de vivre ensemble.